Gérer la blessure

La douleur est un signal d’alarme nous informant que certaines de nos structures corporelles risquent d’être endommagées ou le sont déjà. Il pourrait alors paraître logique de solliciter le moins possible une zone douloureuse afin d’éviter toute aggravation et ainsi favoriser la guérison. L’évitement de toute activité physique est d’ailleurs ce qui a longtemps été conseillé par le corps médical face à certaines douleurs, notamment la lombalgie. Mais celui-ci commence à s’apercevoir que l’immobilisation n’est pas forcément la meilleure méthode pour faire passer la douleur le plus rapidement possible.

La Haute Autorité de santé considère même aujourd’hui que l’activité physique est le traitement principal de la lombalgie. Vous avez d’ailleurs peut-être remarqué les campagnes de sensibilisation de l’assurance maladie pour promouvoir l’activité en cas de mal de dos, avec le slogan « le bon traitement, c’est le mouvement ». Il s’agit là d’une recommandation pour le mal de dos uniquement, mais plusieurs études montrent que l’exercice peut également être bénéfique pour d’autres types de douleurs, même celles liées à une lésion. Une étude parue dans The New England Journal of Medicine montre par exemple qu’en cas de lésion musculaire au niveau des membres inférieurs (cuisse ou mollet), une rééducation commencée au bout de deux jours permet une reprise du sport plus rapide de trois semaines par rapport à une rééducation commencée au bout de neuf jours (reprise au bout de soixante-deux jours pour la rééducation précoce et au bout de quatre-vingt-trois jours pour la rééducation plus tardive).

Une autre étude publiée dans The British Medical Journal et portant sur le tennis elbow (tendinite du coude) montre que la mobilisation et les exercices pendant les six premières semaines permettent une amélioration nettement plus rapide qu’en cas de non-sollicitation.

Il semblerait donc que la mise en mouvement soit plus pertinente que l’inactivité totale afin de guérir une blessure plus rapidement. De plus, une étude de 2019 laisse à penser que la présence d’une légère douleur pendant le mouvement n’entrave pas les processus de guérison. Durant cette étude, deux protocoles de rééducation suite à une lésion des muscles ischiojambiers ont été comparés. Un groupe a été rééduqué de façon à ne ressentir aucune douleur durant les divers exercices, alors qu’un autre devait aller jusqu’au seuil de la douleur pendant la réalisation des exercices. Les résultats montrent que le temps de guérison est le même pour les deux groupes, et que le groupe étant allé jusqu’au seuil de douleur a même retrouvé plus rapidement certaines qualités musculaires, comme la force isométrique.

Ainsi, en cas de douleur modérée, il n’est pas nécessairement contre-indiqué de continuer à jouer au tennis, et ce à deux conditions :

– si vous pouvez adapter votre séance de façon à éviter les mouvements trop douloureux (par exemple : faire des séances sans service si c’est uniquement ce geste qui vous gêne, ne faire que des revers slicés si vous avez mal au poignet gauche lors du revers à deux mains, jouer seulement dans l’axe si vous êtes gêné dans les déplacements, etc.) ;

– si votre douleur ne s’aggrave pas au cours de la séance, ni le lendemain de celle-ci.

Si ces deux conditions ne peuvent être respectées, il convient alors d’arrêter complètement le tennis jusqu’à la diminution des symptômes. Pour autant, il n’est pas indispensable de rester totalement inactif. Cela peut même être parfois contre-productif comme nous venons de le voir. Seules les activités intenses et reproduisant la douleur sont déconseillées. Des exercices de rééducation à base de renforcement, d’étirements et de massages de la zone douloureuse peuvent eux être bénéfiques.

En cas d’arrêt dépassant deux semaines, il peut aussi être intéressant de continuer à entretenir sa condition physique générale. Vous pouvez ainsi faire travailler l’ensemble de vos muscles avec des exercices de renforcement et des étirements, mais aussi faire travailler votre cardio en trouvant une activité qui ne déclenche pas votre douleur. Si vous êtes blessé sur le haut du corps, rien ne vous empêche par exemple d’aller courir et d’aller travailler vos déplacements. En cas de blessure au niveau des membres inférieurs, vous pouvez essayer d’autres activités comme le vélo, la corde à sauter, ou toute autre activité faisant monter les pulsations cardiaques. L’important étant que cette activité ne vous fasse pas mal.

Il faut savoir que le temps de guérison d’une blessure est très variable. Il peut aller de quelques jours pour une simple douleur type lumbago jusqu’à plusieurs semaines voire plusieurs mois pour une blessure plus importante telle qu’une déchirure musculaire ou une tendinite. Dans tous les cas, il est nécessaire de faire preuve de patience et de ne pas s’alarmer si la douleur ne passe pas aussi vite qu’on le voudrait. Parfois, le corps a besoin de temps pour se régénérer. Le TEMPS est d’ailleurs bien souvent le meilleur des traitements.

Cependant, il est pertinent de recommencer à jouer dès que possible, même si la douleur n’est pas complètement partie, à condition bien sûr de pouvoir respecter les deux conditions énumérées précédemment. Le fait de ne pas s’arrêter de jouer pendant trop longtemps permet d’éviter un déconditionnement physique qui non seulement rendrait la reprise plus difficile, mais faciliterait aussi la survenue de nouvelles blessures.

En résumé

Si votre douleur est tolérable, vous pouvez continuer à jouer à condition que la douleur ne s’aggrave pas en jouant. Sinon, arrêtez le tennis jusqu’à amélioration. Il peut également être pertinent d’engager un protocole de rééducation rapidement dans le cas de certaines blessures (déchirure et tendinite notamment).

Si l’arrêt du tennis est supérieur à deux semaines, continuez à vous entretenir physiquement et reprenez le tennis dès que possible afin d’éviter un déconditionnement physique trop important.